Retour sur la rencontre Khiplace sur la gestion alternative du 3 décembre 2025
- Khiplace
- 3 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 déc. 2025
Modérée avec finesse par Alexis Grutter, la table ronde a réuni des experts de premier plan venus partager leurs retours d’expérience.
Gestion alternative : état des lieux et perspectives 2026
Paris 8 – Lors d’une table ronde organisée par Khiplace, quatre professionnels reconnus de la gestion alternative – Rozenn Peres (Newalpha AM), Pierrick Louis (Crédit Agricole Assurances), Olivier Therme (Banque J Safra Sarasin) et Xavier Morin (Syquant Capital) – ont analysé les dynamiques du secteur, ses enjeux structurels et les perspectives créées par le nouvel environnement de marché.
Repenser la gestion alternative, ses acteurs et son poids dans le monde
La rencontre s’ouvre sur les fondamentaux : qu’est-ce que la gestion alternative ? Alexis rappelle que, par opposition à la gestion traditionnelle, elle regroupe l’ensemble des stratégies qui s’affranchissent des indices de référence, exploitent l’arbitrage ou les inefficiences de marché, et cherchent à délivrer une performance absolue, indépendante des cycles.
Le marché mondial des hedge funds atteint désormais près de 5 000 milliards de dollars, selon les études 2025, porté principalement par les grands acteurs anglo-saxons. Si les stratégies systématiques et event-driven progressent fortement, l’Europe reste à la traîne, et la France encore davantage.
1. État des lieux de la gestion alternative en France et à l’international
a) La résistance française : une reconstruction lente mais structurée
2008 : les leçons d’une crise fondatrice
La crise financière mondiale a profondément marqué les investisseurs français, provoquant un retrait massif de l’alternatif. Depuis, trois points structurants ont émergé :
Liquidité : exigence accrue de transparence sur les mécanismes de rachat.
Transparence : reporting détaillé, granularité des positions, contrôle des risques.
Frais : compression des structures traditionnelles « 2/20 », avec une convergence vers des modèles hybrides ou à frais réduits.
Réglementation : l’obstacle persistant pour les institutionnels
L’un des freins principaux reste le cadre prudentiel, notamment Solvency II, encore défavorable aux stratégies alternatives intensives en capital. Cependant, le data grouping permet de simplifier le calcul et de d'alléger le poids du SCR en lien direct avec les sensibilités aux facteurs de marché (taux, actions, crédit, devises).
Le manque d’expertise et l’externalisation de la due diligence
Le nombre d’investisseurs français se sont totalement retirés de l’alternatif après 2008 et n’ont pas reconstitué leur expertise interne.Le retour passe par :
le recrutement de spécialistes,
le recours à des sociétés de due diligence (comme Albourne),
les solutions OCIO (mandats délégués tels que NewAlpha) capables d’accompagner les investisseurs dans ces univers complexes.
Un savoir-faire français sous-estimé
La France dispose d’un vivier de talents exceptionnel :
un grand nombre de Français dans les salles de marchés internationales,
une présence forte dans de grands hedge funds mondiaux,
et des fonds alternatifs français de tout premier plan, notamment dans les stratégies systématiques et event-driven.
b) Le dynamisme du monde anglo-saxon : un contraste saisissant
Les flux : rotation vers les Multi-Strategy et l’Event-Driven
Ces dernières années, les flux internationaux se sont orientés vers :
les plateformes multi-strategy (telles que Millennium, Citadel, Point72),
les stratégies event-driven dopées par l’activité M&A.
Performance ajustée du risque : le vrai juge de paix
Les CTA ont particulièrement brillé en 2022.
La performance ajustée du risque surpasse largement celle des marchés traditionnels.
L’aspect décorrélant reste la clé pour comprendre l’intérêt des investisseurs.
UCITS vs Offshore : deux univers, deux approches
Les UCITS, très utiles pour une première exposition, mais aux contraintes fortes (liquidité, levier, concentration).
Les fonds offshore, offrant un vivier beaucoup plus large de stratégies, avec des règles adaptées aux stratégies complexes.Contrairement aux idées reçues, investir en offshore n’est « ni plus complexe ni plus risqué » lorsqu’un cadre de due diligence rigoureux est appliqué.
L'Event-Driven : une stratégie toujours en vogue
L’engouement massif pour l’Event-Driven :
hausse constante des AUM,
forte demande des institutionnels comme des family offices,
pipeline M&A robuste, qui soutient le potentiel de rendement.
2. Due diligence : le nerf de la guerre
Comprendre les gérants : analyse qualitative et quantitative
Aspect essentiel du processus :
parcours du gérant,
stabilité de l’équipe,
compréhension des facteurs de performance,
analyse des drawdowns et de l’érosion potentielle de l’alpha.
Analyser une stratégie : les bonnes questions
les processus de décision,
la construction du portefeuille,
les instruments utilisés,
la cohérence entre le discours et la réalité opérationnelle.
Identifier les risques et les red flags
À surveiller en priorité :
levier excessif,
mismatch de liquidité,
capacité à couvrir les positions,
style drift,
opacité du P&L,
rotation excessive des équipes.
Cas pratique : le fonctionnement d’Hélium
sourcing basé sur un événement identifié,
analyse « homework » approfondie,
hedging précis,
sizing calibré,
discipline stricte dans la gestion du risque.
3. L’intérêt de la gestion alternative dans un portefeuille
Décorrélation : la clé pour renforcer les portefeuilles
Chez Banque J Safra Sarasin, l’alternatif est utilisé :
soit en briques 100 % dédiées,
soit en compléments dans des portefeuilles diversifiés. La décorrélation avec la stratégie Long / Short Equity, essentielle pour lisser les cycles.
Complémentarité structurelle : le rôle des CTA
Les CTA apportent notamment :
une exposition multi-classe d’actifs,
une position naturelle « long vol »,
des drawdowns souvent non concomitants avec ceux des portefeuilles traditionnels.
Diversification interne dans un FoF alternatif
La diversification opère aussi entre stratégies alternatives : cinq fonds affichant chacun 5 % de volatilité peuvent aboutir à un FoF à 3 % de volatilité.
Stratégies actions sans bêta : l’Event comme pilier incontournable
L’Event-Driven est une stratégie action sans bêta action, un atout majeur pour les investisseurs cherchant :
rendement régulier,
faible exposition directionnelle,
opportunités complémentaires (index rebalancing, arbitrage de dividendes…).
4. Perspectives et développements : 2026, une fenêtre d’opportunités
Une fenêtre idéale pour l’alternatif liquide
Les raisons :
volatilité élevée,
incertitudes politiques,
valorisations tendues sur actions et private markets,
environnement favorisant les stratégies flexibles.
Où sont les opportunités ?
Pour Syquant Capital :
opportunités d’investissement particulièrement fortes en Europe,
développement ambitieux à l’international grâce au FIA répondant aux besoins des investisseurs UK/US.
Managed accounts : une évolution majeure
les commingled funds,
et les plateformes SMA / DMA,qui offrent aux investisseurs :
transparence,
contrôle du risque,
personnalisation du mandat.Une évolution clé de la dernière décennie.
Quelles stratégies pour 2026 ?
stratégies décorrélées,
retour de l’alpha portable,
stratégies quant,
arbitrage en environnement volatil.
Cette rencontre Khiplace confirme que la gestion alternative est redevenue un pilier crédible pour les investisseurs cherchant diversification, décorrélation, performance ajustée du risque, et robustesse dans un environnement incertain.
En 2026, l’alternative liquide semble bénéficier d’une fenêtre particulièrement favorable, et les investisseurs français pourraient bien suivre le mouvement mondial après plus d’une décennie de prudence excessive.
















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