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Retour sur la rencontre Khiplace : les 10 ans de la dette privée en France

  • Khiplace
  • il y a 16 heures
  • 5 min de lecture

Réunis lors d’une rencontre organisée par Khiplace le 12 mai 2026, investisseurs institutionnels et spécialistes du crédit privé ont dressé le bilan d’une décennie de transformation du marché. Si la dette privée s’est imposée comme un pilier des allocations alternatives, les intervenants ont souligné la nécessité d’un retour à davantage de discipline, dans un environnement désormais marqué par des taux durablement plus élevés et des exigences accrues en matière de liquidité et de transparence.



Difficile d’imaginer aujourd’hui que la dette privée était encore considérée, il y a dix ans, comme une classe d’actifs marginale. Portée par le retrait progressif des banques après la crise financière, puis par l’environnement de taux bas des années 2010, elle s’est progressivement installée au cœur des portefeuilles institutionnels.

C’est ce constat qu’ont partagé les participants de la rencontre organisée par Khiplace autour du thème « Retour sur les 10 ans de la dette privée en France ». Animés par Agnès Lossi, partner chez Indefi, les échanges ont réuni Antoine Gosselin-Mercury, senior director private credit chez Barings, Victoire Blazsin, partner chez Zencap AM, Diana Hazvartian, head of private debt funds à la Caisse des Dépôts, et Sylvain Sérandour, head of private assets chez Arkéa AM.


D’une niche à une allocation stratégique

En une décennie, le marché a profondément changé d’échelle. La dette privée n’est plus seulement une alternative opportuniste au crédit coté : elle constitue désormais une poche stratégique pour de nombreux investisseurs à la recherche de rendement récurrent et de diversification.

Pour les intervenants, cette montée en puissance s’explique autant par l’évolution réglementaire du secteur bancaire que par la capacité du direct lending à offrir des rendements attractifs ajustés du risque, avec une volatilité apparente limitée.

Mais cette croissance rapide a aussi transformé les pratiques. Les structures de financement se sont sophistiquées, avec l’essor des unitranches, du bridge financing, de la mezzanine sponsorless ou encore de certaines stratégies de NAV lending. Les véhicules d’investissement ont également évolué : formats FPS, SLP, ELTIF II ou encore fonds evergreen ont progressivement élargi l’accessibilité de la classe d’actifs.

L’évolution la plus marquante reste toutefois, selon plusieurs participants, l’institutionnalisation du marché. Les processus de due diligence, de gouvernance et de suivi des risques se sont considérablement renforcés depuis les débuts du secteur.


Banques et dette privée : une relation devenue complémentaire

Les échanges ont également porté sur la place des banques dans cet écosystème. Si les établissements bancaires ont perdu du terrain sur certaines opérations de LBO, notamment sur les financements unitranches, ils demeurent centraux sur le financement du bas de bilan et du mid-market.

Les intervenants ont davantage décrit une relation de complémentarité que de concurrence frontale. Les banques restent des acteurs structurants de l’origination et de la distribution du crédit, tandis que les fonds de dette privée apportent flexibilité, rapidité d’exécution et capacité de structuration.

Pour autant, certains participants ont mis en garde contre une évolution où la dette privée deviendrait principalement un outil de dérisking bancaire, absorbant les risques que les banques ne souhaitent plus porter directement à leur bilan.


Une Europe plus résiliente que les États-Unis

Le développement géographique du marché a constitué un autre axe fort des discussions. Historiquement très centré sur la France, le marché européen de la dette privée s’est progressivement diversifié, notamment vers l’Allemagne et les pays nordiques.

Ces marchés apportent des profils de risque-rendement différents, souvent jugés plus disciplinés et plus conservateurs. Plusieurs intervenants ont souligné que les marchés nordiques, par exemple, offrent généralement une meilleure protection des prêteurs et une culture financière historiquement plus prudente.

L’Europe apparaît aujourd’hui comme un marché plus équilibré que les États-Unis, où la forte croissance des encours a parfois conduit à un assouplissement des covenants, à des niveaux de levier plus élevés et à une concentration sectorielle importante, notamment dans la technologie.


Une résilience éprouvée par les crises

Covid, guerre en Ukraine, inflation, remontée brutale des taux, tensions géopolitiques : la dette privée a traversé en quelques années une succession de chocs majeurs.

Pour les participants, les portefeuilles ont globalement démontré une certaine résilience. Cette solidité s’explique notamment par la structuration des financements, la proximité avec les emprunteurs et la capacité des prêteurs à intervenir rapidement en cas de difficulté.

Mais les intervenants ont également insisté sur les limites des indicateurs traditionnels de risque. Les taux de défaut restent relativement faibles, mais ils ne reflètent pas toujours la réalité des tensions dans les portefeuilles. Restructurations, extensions de maturité, mécanismes de PIK ou placements sous watchlist compliquent la lecture du risque réel.

Dans ce contexte, les investisseurs institutionnels attendent désormais des gérants un niveau beaucoup plus élevé de transparence, de granularité et de suivi opérationnel des participations.


IA et ESG : les nouveaux critères de risque

L’intelligence artificielle et l’ESG ont naturellement occupé une place importante dans les échanges. Les participants ont reconnu que ces sujets ne relevaient plus du simple reporting marketing mais deviennent progressivement des dimensions intégrées aux modèles d’analyse du risque.

L’IA soulève notamment des interrogations majeures sur certains secteurs, en particulier les logiciels et les services. Les investisseurs cherchent désormais à évaluer la capacité des entreprises financées à résister aux ruptures technologiques et à adapter leurs modèles économiques.

Sur l’ESG, les attentes évoluent également. Les investisseurs demandent des indicateurs plus opérationnels, davantage liés aux risques financiers réels qu’à une logique purement déclarative.

Ces nouveaux critères modifient progressivement les processus de due diligence à l’entrée, mais aussi le suivi des portefeuilles dans la durée.


Le débat autour des fonds evergreen

L’essor des structures evergreen et semi-liquides a suscité des débats nourris. Si ces formats permettent d’élargir l’accès à la dette privée à une clientèle patrimoniale plus large, plusieurs intervenants ont rappelé les tensions récentes observées sur certains fonds américains confrontés à d’importantes demandes de rachats.

Le sujet de l’adéquation entre la liquidité promise aux investisseurs et celle des actifs sous-jacents reste central. Plusieurs participants ont souligné leur préférence pour les fonds fermés traditionnels, jugés plus cohérents avec la nature illiquide des actifs financés.

Les structures evergreen pourraient néanmoins conserver un rôle pertinent dans certains mandats dédiés ou dans des constructions de portefeuille plus diversifiées.


Retour à la sélectivité

Au-delà du bilan des dix dernières années, les intervenants ont surtout insisté sur les défis à venir. Dans un environnement de taux durablement plus élevés, la dette privée ne pourra plus uniquement compter sur l’abondance de liquidités.

La création de valeur passera davantage par la qualité de l’origination, la discipline de crédit, la diversification et la capacité à sélectionner les bons segments de marché.

Plusieurs pistes ont été évoquées pour les prochaines années : mezzanine sponsorless, CLO, NAV lending ou encore structuration de portefeuilles combinant un socle « bêta » evergreen et des stratégies satellites plus opportunistes génératrices d’alpha.

Le message adressé aux gérants présents dans la salle a finalement convergé autour d’un même mot d’ordre : revenir aux fondamentaux. Dans une classe d’actifs désormais mature, les investisseurs attendent moins de promesses de rendement et davantage de rigueur, de transparence et d’alignement des intérêts.

 
 
 

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