Retour sur la rencontre Khiplace du 20 janvier sur les portefeuilles assurantiels : Quelles stratégies Income en 2026 ?
- Khiplace
- 21 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 janv.
🎙️ Merci à nos intervenants pour leurs contributions éclairantes :
Steve Nicolas Pierre, modérateur (ex-CIO Apicil AM)
Clément Thelliez, Responsable Gestion d’Actifs et ALM – MNH
Gino Boffa, CAIA, Senior Product Specialist Fixed Income – Nordea AM
Grégoire de la Motte, Directeur Financier – France Mutuelle
Baptiste Buisson, Directeur de la gestion des mandats & solutions – Ofi Invest AM
Aurélien Leguay, CFA, CAIA, CIO Groupe – AGRICA
🙏 Merci également à toutes celles et ceux qui ont participé à la discussion et prolongé les échanges lors du cocktail.
Dans un contexte de normalisation des taux, de pression réglementaire accrue sous Solvabilité II et de recherche d’une performance plus résiliente, les débats ont confirmé un constat partagé : les stratégies Income ne sont plus périphériques, elles deviennent structurantes dans les allocations assurantielles.
L'horizon 2026 s'annonce charnière pour le secteur assurantiel. Comme l'a rappelé Steve-Nicolas Pierre, actuaire et modérateur des débats, le portefeuille de placement reste le poumon de l'assureur, garantissant la visibilité du compte de résultat grâce à des revenus récurrents (coupons, dividendes). Après avoir traversé l'ère des taux négatifs et des courbes inversées, le marché retrouve un environnement « normalisé ». C'est dans ce contexte que des experts d'Agrica, de la MNH, de La France Mutualiste, d'Ofi Invest AM et de Nordea AM ont partagé leurs feuilles de route.
Le retour en grâce du souverain et la prudence sur le crédit
Pour Aurélien Leguay, directeur des investissements chez Agrica (10 milliards d’euros d’encours), la stratégie actuelle marque un retour aux fondamentaux des années 90. Bénéficiant de passifs très longs liés à la retraite supplémentaire (20 ans et plus), Agrica profite de la pentification de la courbe des taux pour investir massivement dans des OAT (Obligations Assimilables du Trésor), parfois sur des maturités de 30 ans.
L’approche se veut pragmatique : les actions et le crédit ayant bien performé, Agrica dispose de plus-values latentes mais juge le crédit désormais « super cher » avec des spreads historiquement bas. La priorité est donnée à la compréhension des actifs : « J'essaie bêtement d'être un peu rigoureux, de faire des choses que je comprends », insiste Aurélien Leguay, qui écarte les produits complexes ou structurés pour se concentrer sur des briques obligataires classiques et des actions.
Les Covered Bonds : l’alternative sécurisée
Face à la dette souveraine, Gino Boffa, spécialiste produit chez Nordea AM, a défendu la pertinence des Covered Bonds (obligations sécurisées). Cette classe d'actif, épargnée par les défauts même lors de la crise grecque, offre un « pickup » (surcroît de rendement) par rapport à la dette souveraine tout en garantissant une sécurité maximale grâce au mécanisme de double recours.
Pour les assureurs, ces titres présentent un avantage majeur sous Solvabilité 2, avec une consommation de capital très proche de celle de la dette souveraine. Gino Boffa souligne que la gestion active sur ce segment permet de générer de l'alpha en jouant sur les différentes juridictions et devises, au-delà de la simple réplication indicielle.
Vision Macro et évolutions réglementaires
Baptiste Buisson, directeur de la gestion des mandats & solutions d'Ofi Invest AM, a dressé un panorama macroéconomique plutôt constructif, anticipant un atterrissage en douceur de l'économie américaine et une désinflation progressive. Dans les portefeuilles, cela se traduit par une réduction de la voilure sur le crédit high yield et le monétaire, au profit d'une diversification vers la dette émergente en devise locale ou des obligations japonaises,.
L'expert a également mis en lumière les changements attendus avec la révision de Solvabilité 2 à l'horizon 2027. Parmi les évolutions notables figurent une gestion plus fine de la volatilité et une incitation réglementaire à la titrisation (notamment les tranches senior de CLO), dont le coût en capital devrait baisser, rendant ces actifs compétitifs face au crédit classique.
La gouvernance : clé de voûte de l’allocation d’actifs
Le débat a révélé une fracture intéressante concernant la gouvernance et l'agilité des prises de décision entre les différentes mutuelles.
Du côté de la MNH (Mutuelle Nationale des Hospitaliers), Clément Thelliez, Responsable Gestion d’Actifs et ALM, décrit une approche contrainte par la nécessité de liquidité et une gouvernance prudente. La mutuelle, qui doit soutenir ses résultats techniques par des revenus financiers, privilégie les mandats de gestion, les ETF et l'immobilier. En revanche, les produits structurés sont exclus, jugés trop complexes et nécessitant des délais de validation incompatibles avec la réactivité des marchés,.
À l'opposé, Grégoire de la Motte, directeur financier de La France Mutualiste, présente un portefeuille atypique composé à près de 50 % d'obligations structurées. Cette stratégie audacieuse est rendue possible par une gouvernance agile : un binôme efficace avec le Directeur Général et un cadre de délégation clair (basé sur une notation interne) permettant de saisir des opportunités rapidement sans attendre les conseils d'administration trimestriels,. Cette flexibilité a permis à la mutuelle de générer du rendement grâce aux mécanismes de rappel anticipé (autocall) et de rotation du portefeuille.
L’importance de l’écosystème
En conclusion, si la directive Solvabilité 2 est désormais bien intégrée par les acteurs, la différence de performance à l'avenir pourrait résider dans l'agilité opérationnelle. Comme l'a résumé le modérateur, la capacité à saisir les opportunités de marché dépendra de la qualité de l'écosystème (gérants, courtiers, direction) et du niveau de délégation accordé aux équipes d'investissement.
Points clés à retenir :
• Retour du portage (Income) : La hausse des taux favorise le retour aux obligations souveraines (OAT) pour adosser les passifs longs.
• Diversification : Les Covered Bonds et la dette émergente apparaissent comme des satellites pertinents aux obligations d'État.
• Réglementation : La révision de Solvabilité 2 pourrait relancer l'intérêt pour la titrisation (CLO) d'ici 2027.
• Agilité : La gouvernance reste un facteur discriminant majeur, permettant ou interdisant l'accès à des classes d'actifs complexes comme les produits structurés
📌 Prochain rendez-vous Khiplace très bientôt, pour continuer à décrypter les grandes mutations de l’investissement institutionnel.






















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